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Expatriation : une aventure émotionnelle à ne pas négliger

Photo du rédacteur: Veronique Ruggirello
Veronique Ruggirello
5 sept.
3 min de lecture

Qu'il s'agisse d'une première ou d'une énième expatriation, celui ou celle qui suit son conjoint doit forcément abandonner quelque chose. Un emploi, des repères, une identité sociale, une proximité familiale, des amitiés ou simplement un quotidien familier. Il s'agit d'une "perte invisible" ressentie, vécue mais pas reconnue selon le concept de "perte ambiguë" développé par Pauline Boss, psychologue clinicienne américaine.


Le mot est rarement prononcé, mais il s'agit bien d'une forme de deuil.



Homme assis, tête baissée, dans une pièce sombre; valise, livres, photos encadrées et passeport au sol, ambiance mélancolique.

Dans ses ouvrages de référence sur les liens d'attachement, John Bowlby, psychiatre et psychanalyste britannique explique que la séparation d'avec des figures d'attachement, des repères, de lieux représente un véritable travail de deuil.

Pourtant, beaucoup de conjoints n'osent pas exprimer leurs ressentis, comme si une chape de culpabilité avait recouvert leurs émotions. Il y a la peur de décevoir celui qui part pour une opportunité professionnelle, de paraître ingrats face à une expérience souvent perçue comme privilégiée ou encore d'être jugés trop exigeants par ceux qui restent.


On imagine les voyages, la découverte d'une nouvelle culture, les paysages, les rencontres.


Dès lors, comment oser dire que l'on souffre lorsque tout semble indiquer que l'on devrait être heureux ? Cette difficulté à mettre des mots sur son vécu est d'autant plus forte que l'entourage minimise souvent ce que traverse le conjoint suiveur. Derrière les commentaires bienveillants sur "la chance" de vivre une telle expérience se cache parfois une véritable négation de la perte vécue.


Pourtant, au-delà des changements visibles, l'expatriation vient souvent toucher quelque chose de plus profond chez chez les conjoints qui interrompent leur carrière pour suivre leur partenaire: l'identité. Certains découvrent avec surprise combien leur profession participait à leur équilibre psychique. D'autres réalisent que leurs journées étaient rythmées par une reconnaissance quotidienne aujourd'hui absente. Le sentiment d'utilité peut s'effriter, laissant progressivement place à une impression de vide.


Dans certains couples, un déséquilibre peut également s'installer. Celui qui travaille retrouve rapidement un cadre, des collègues, une mission et des objectifs. Son intégration est portée par son activité professionnelle. Le conjoint suiveur, lui, doit souvent reconstruire seul son environnement social. Les rythmes de vie deviennent différents, les expériences quotidiennes aussi. Sans que personne n'en soit responsable, une forme de solitude peut progressivement s'installer.


L'expatriation est aussi une aventure émotionnelle qu'il ne faut pas négliger. Même lorsqu'elle s'accompagne de conditions matérielles confortables, la mobilité internationale n'en demeure pas moins une expérience de déracinement, parfois vécue comme un véritable exil intérieur. Or une émotion qui ne peut être reconnue finit rarement par disparaître ; elle cherche simplement un autre chemin pour s'exprimer.

Les peurs tues et les besoins non exprimés sont alors enfouis sous une hyper adaptation. Il faut montrer que l'on est capable de s'intégrer, de gérer, de soutenir l'autre et d'être « le bon suiveur ». Mais cette adaptation permanente a un coût psychique. Avec le temps, les émotions qui n'ont pas trouvé d'espace pour être pensées réapparaissent sous d'autres formes : une hypersensibilité inhabituelle, une irritabilité croissante, des variations d'humeur, un sentiment de solitude ou un repli sur soi. Le corps lui-même peut commencer à parler à travers un sommeil perturbé, un appétit déréglé, une fatigue persistante ou une perte d'élan. Les addictions (alcool, tabac) deviennent alors un rempart contre l'angoisse.


Ces manifestations ne sont pas des signes de faiblesse. Elles traduisent souvent un travail psychique qui cherche à s'élaborer. Reconnaître ce que l'on traverse, mettre des mots sur ce qui a été laissé derrière soi et retrouver une place qui ne soit pas uniquement celle du « conjoint qui suit » permet de vivre l'expatriation autrement. Car les périodes de transition peuvent en fait réactiver des questionnements plus anciens, des blessures restées silencieuses ou des schémas relationnels qui se répètent.


Consulter n'est pas le signe que l'expatriation a échoué.


Femme en pull gris tenant une tasse près d’une fenêtre de café, regard pensif sur une rue pluvieuse floue.

C'est parfois au contraire la meilleure façon de transformer cette période de transition en une expérience de développement personnel. Prendre le temps d'accueillir ce que l'on ressent ne signifie pas remettre en question son choix de partir. On peut aimer vivre à l'étranger et éprouver en même temps de la tristesse. On peut être reconnaissant envers son conjoint tout en regrettant certains aspects de sa vie d'avant. Ces émotions ne s'opposent pas, elles coexistent. Les reconnaître permet justement d'éviter qu'elles ne s'expriment autrement.

Un accompagnement psychothérapeutique offre cet espace sécurisant où déposer les émotions, comprendre ce qui se rejoue dans ce changement de vie et retrouver un équilibre durable. Il permet aussi et surtout de faire en sorte que l'expérience de l'ailleurs, de l'inconnu puisse devenir une étape de transformation plutôt qu'une souffrance silencieuse.

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