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Se préparer psychologiquement à l'expatriation

Pourquoi il est important de se préparer psychologiquement à une expatriation

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"unknwon territory" © Horst Kistner -Tous droits réservés.

Partir ne signifie pas seulement changer de pays. Une fois l'organisation logistique terminée (logement, école, déménagement, visas) la dimension essentielle reste souvent au second plan. La préparation psychologique et émotionnelle au départ. Une expatriation entraîne une transformation profonde des repères personnels, conjugaux et familiaux. Entre celui qui part pour un poste, celui qui le suit et les enfants, aucun des membres d'une même famille ne vit le départ de la même manière.  Chacun traverse une dynamique émotionnelle qui lui est propre.

L’expatriation et la notion de « perte invisible »

Changer de lieu géographique implique des concessions visibles comme la perte d'un statut professionnel, d'une reconnaissance sociale, d'une autonomie financière mais aussi et surtout des "pertes invisibles"*: celles qui sont  plus difficiles à identifier, celles qui structuraient silencieusement notre quotidien et notre identité: un environnement familier, ses habitudes ou simplement de la sensation de savoir comment fonctionne le monde autour de soi.

Elles sont rarement reconnues comme des deuils. L'expatriation étant généralement présentée comme une opportunité et celui qui éprouve de la tristesse, de la colère ou du désarroi peut même se sentir coupable;

 

Celui qui part avec un poste : réussir tout en s'adaptant

La personne expatriée pour des raisons professionnelles semble souvent être celle pour laquelle le changement est le plus simple. Elle dispose immédiatement d'un cadre : une entreprise, des collègues, des responsabilités, des objectifs.

Pourtant, elle doit elle aussi affronter une transformation importante. Elle peut ressentir une pression de réussite accrue, devoir décoder une nouvelle culture professionnelle et supporter la responsabilité implicite d'avoir entraîné sa famille dans cette aventure.

À cela s'ajoute parfois une difficulté particulière : pendant qu'elle construit rapidement une nouvelle vie professionnelle, son conjoint et ses enfants peuvent vivre une adaptation beaucoup plus lente. Un décalage émotionnel apparaît alors : l'un avance tandis que les autres cherchent encore leurs repères.

Le conjoint suiveur : quand partir interroge l'identité

La situation du conjoint « suiveur » est différente. Il ne change pas seulement de pays : il peut perdre brutalement plusieurs éléments qui soutenaient son identité.

Une carrière interrompue, une autonomie financière réduite, un réseau social disparu ou un quotidien désormais organisé autour du travail du conjoint et des besoins des enfants peuvent progressivement faire émerger une question essentielle : quelle est ma place dans cette expatriation ?Le risque est que le projet initialement familial devienne, psychiquement, « son expatriation à lui » ou « son expatriation à elle ».

Cette asymétrie peut affecter la dynamique du couple. Celui qui travaille peut avoir le sentiment de porter une forte responsabilité professionnelle et financière. Celui qui suit peut avoir le sentiment d'avoir davantage renoncé. Chacun peut alors considérer que l'autre ne mesure pas ce qu'il traverse.

Se préparer psychologiquement avant le départ permet justement de mettre en mots ces attentes : qu'est-ce que chacun gagne, mais aussi qu'est-ce que chacun accepte de perdre ? Quels renoncements sont temporaires ? Lesquels risquent de devenir durables ? Et surtout, quel projet personnel le conjoint suiveur pourra-t-il préserver ou construire ?

Les enfants ne vivent pas non plus « l'expatriation des parents »

Contrairement aux adultes, les enfants, eux, n'ont généralement pas choisi le départ. Pour les enfants en bas âge, derrière l'excitation du mot "aventure" les parents n'entendent pas forcément la résonnance de l'inconnu.

L'environnement qui avait construit leur sécurité interne va se modifier, voire s'ébranler au gré des adaptations parentales et ils ne disposent pas toujours des mots permettant d'exprimer ces peurs et ces ressentis

Leur mal-être peut alors apparaître autrement : irritabilité, opposition, repli, difficultés scolaires, troubles du sommeil, anxiété ou idéalisation permanente du pays quitté.

Il est donc important de leur permettre de parler non seulement de ce qu'ils attendent du nouveau pays, mais aussi de ce qu'ils n'ont pas envie de quitter.

Préparer l'expatriation comme un projet émotionnel familial

Se préparer psychologiquement à l'expatriation ne signifie pas anticiper toutes les difficultés ni chercher à supprimer les émotions négatives. Il s'agit plutôt de reconnaître que partir implique simultanément du désir et de la perte, de l'excitation et de l'incertitude, des découvertes et des renoncements. Se préparer signifie accepter la tristesse d'un deuil pour mieux accueillir la poursuite d'un chemin pas toujours choisi. 

L'enjeu psychologique de l'expatriation est peut-être précisément là : réussir à construire quelque chose de nouveau sans nier ce que l'on a dû quitter pour y parvenir.

Cette préparation permet également de distinguer le projet professionnel de l'un du projet de vie de chacun.

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